Le Kérala, pays de Dieu

Il y a quelques mois, la vie m’a offert le plus beau des cadeaux : la liberté. De mouvements, de décisions, de pensées. Après quelques hésitations, j’ai cliqué sur la souris pour valider mon premier billet d’avion dont la destination était Cochin, la ville la plus peuplée du Kérala ! Je me suis donc retrouvée à l’aéroport Roissy CDG de Paris avec 14 kg de bagages pour 3 mois de voyage, seule à travers 4 pays d’Asie. C’était le 28 mars 2017.

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Pourquoi le Kérala ?

Amoureuse de l’Inde que j’avais déjà visitée en 2010, j’avais l’intention un jour de parcourir le sud du pays et découvrir une autre facette de ce territoire. On dit souvent de l’Inde du Sud qu’elle est verte et plus accueillante que le Nord. Je tenais à vérifier tout ça par moi-même. Aussi ai-je décidé de commencer ce voyage en Asie par le Kérala, avec une semaine de yoga pour totalement décompresser de ma vie en France. Me retrouver, me trouver, me ressourcer. Faire du yoga au pays de l’ayurvéda a été pour moi une révélation. Puis continuer ma route et voyager pour moi et avec moi.

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Mon itinéraire : Kochi, Hinterland Village (à 1h de Kochi), Marari Beach, Alleppey, Varkala, Trivandrum, Kovalam, Parc National de Periyar, Munnar, Cherai Beach, Kochi.

 

Mes coups de cœur

Les plantations de thé de Munnar et leurs immenses vallées verdoyantes. L’arrivée en voiture parmi ces étendues de petits buissons d’arbres à thé émerveille et fascine. Qui n’a jamais vu ces paysages ne peut qu’être admiratif devant ce spectacle. Les ouvrières ramassent précautionneusement une à une les feuilles de thé, qu’elles déposent dans leur chargement sur le dos. L’ambiance est silencieuse et reposante. Toutes ces teintes de vert apaise l’esprit et les collines créent un décor onduleux et agréable à l’œil. Ici, on produit quelques uns des meilleurs thés de la planète. J’ai pu visiter une usine de production et prendre connaissance des étapes de fabrication du thé. La balade dans la ville de Munnar est agréable, surtout dans son marché animé où se côtoient commerçants en tous genres et fervents acheteurs.

 

 

Située un peu au sud de Cochin, Marari Beach m’a séduite par sa tranquillité. Un petit havre de paix où il fait bon se poser quelques jours pour retrouver le calme et méditer au bord de l’eau. C’est d’ailleurs sur cette plage, au début de mon voyage, que j’ai laissé mon esprit se faire bercer par les rouleaux enveloppants des vagues et qu’une idée de génie m’est venue pour mon projet professionnel. Même si à l’heure qu’il est, je ne sais pas s’il deviendra réalité, cette première escale balnéaire de mon long voyage a été très inspirant et reposant.

 

 

Le safari dans la Réserve Naturelle de Periyar restera également un grand moment grâce à la centaine d’éléphants que j’ai pu y apercevoir. Un immense lac entouré d’une végétation aride et d’une forêt dense, des lémurs et des milliers d’oiseaux. Avec mon petit groupe d’explorateurs pédestres, on a aussi vu une trace de patte de tigre dans la terre, des traces de griffes de tigre sur un tronc, une ruche abandonnée de ses abeilles très dangereuses, des trous creusés par des tapirs, des excréments de porc-épic, de la résine d’encens, des arbres banyan, et le guide nous a montré quelques plantes. Le tigre n’est pas sorti de sa cachette et ça aurait été une chance inouïe d’en apercevoir. Il y en aurait une quarantaine encore dans le parc. Mais surtout, on a vu des éléphants de tous âges venus s’abreuver au lac et se nourrir dans les grandes plaines du parc. Un spectacle mémorable. Observer ces pachydermes à l’attitude si tranquille et apaisante m’a fasciné. La prudence était cependant de mise car l’éléphant charge vite et peut tuer un homme en une fraction de secondes. Ne jamais oublier que nous ne sommes rien face à la nature.

 

 

Les backwaters d’Alleppey… ces canaux bordés de cocotiers et d’habitations colorées. Des kilomètres de rivières et de petits lacs qui font le quotidien des locaux. Sur les rives des backwaters, on lave ses casseroles et son linge, on se baigne pour se laver ou s’amuser, on découpe du poisson, on pêche les noix de coco tombées au fond de l’eau, ou on se prélasse au chant des oiseaux… Ici, la vie semble tranquille et facile. Se laisser voguer sur une petite embarcation au fil de l’eau est tellement reposant. Il est également possible de dormir dans des « houseboat » dont le prix des nuits atteint des sommes démentielles selon le luxe à bord. Avec Bianca, la hollandaise rencontrée au stage de yoga quelques jours auparavant, nous nous sommes contentées d’une balade de 3h au calme dans une petite pirogue qui permet d’accéder aux plus petits canaux et donc d’apprécier un cadre encore plus enchanteur. Cette lumière qui traverse les cocotiers et reflète dans l’eau est tout simplement magique.

La ville d’Allepey n’a rien de fantastique mais ses habitants le sont. Des enfants qui me font coucou, des familles entières qui me disent bonjour de loin ou de près et me sourient. Un papi m’interpelle et me parle droit dans les yeux en me tenant les deux mains dans la sienne : il veut m’inviter à manger chez lui. Moi qui étais plutôt sur la réserve en allant me promener seule, me voilà totalement comblée par cette bienveillance et l’intérêt que me portent les habitants. Les indiens ont beau montrer beaucoup de curiosité envers les européens, ils n’en sont pas moins chaleureux et ils ont cette faculté de vous transmettre du bonheur droit dans le cœur.

 

 

Mon meilleur souvenir

Incontestablement mon stage de yoga dans une retraite en pleine nature. Mon voyage n’aurait pas été le même sans cette semaine de yoga qui m’a fait le plus grand bien. Une parfaite transition qui m’a permis de mettre de côté mes difficultés en France et me recentrer grâce à la concentration et à la lenteur qu’impose la pratique du yoga. C’était un lieu idéal pour pratiquer cette activité, à 1h de Cochin, chez Hinterland Village qui propose 4 heures de yoga par jour, au lever et au coucher du soleil, rythmées par des repas végétariens, des cours de philosophie du yoga, de naturopathie, de la méditation et relaxation, et des massages ayurvédiques. Un contexte idyllique au vert où on peut également se prélasser dans la piscine ou se promener dans le jardin pendant les temps libres. De nombreux animaux animent le lieu et le personnel est aux petits soins pour rendre votre séjour des plus agréables. Se réveiller en douceur, bercée par une symphonie ornithologique, sentir son corps se relâcher jour après jour, canaliser son esprit, rencontrer des gens du monde entier venus se ressourcer et partager ce même esprit du bien-être et du partage, comprendre que le yoga est bénéfique pour le corps et l’esprit. La magie opère et l’esprit ressuscite.

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Et que dire de cette incroyable vue sur les champs et la végétation depuis la salle de yoga ? On a beau y venir s’exercer tous les matins, impossible de se lasser de ce spectacle magique du soleil qui se lève dans ce palmier. C’est même l’effet inverse qui se produit : plus on ressent les effets du yoga au fil des jours, plus on savoure ce panorama silencieux sorti tout droit d’un documentaire sur la beauté de la nature. Elle offre des couleurs sublimes dont le cœur ne se remet pas.

Puis, visiter le village environnant et découvrir l’envers du décor en mettant les pieds dans ces étendues verdoyantes, finalement animées de multiples animaux et locaux venus travailler leurs terres et récolter leurs légumes. Un moment privilégié dans les coulisses de ce tableau vivant qui se répète à l’infini chaque jour, tout en offrant son lot de curiosités au quotidien.

 

 

Une anecdote mémorable

J’avais choisi de faire le trajet Alleppey – Varkala en train. Des souvenirs un peu perturbants m’étaient restés de mon dernier voyage en Inde du Nord en 2010. Je me rappelais des trains vétustes et bondés qui m’avaient quelque peu effrayée au moment de prendre place dans le wagon, mais au final, j’avais voyagé en train couchette confortable et tout s’était bien passé.

Après avoir acheté mon billet en 3 minutes top chrono avec Bianca, on a tenté un restaurant proche de la gare et on est sorties aussi vite qu’on est rentrées ! J’ai pris le serveur en flagrant délit, en train de récupérer une espèce de grosse chips dans une poubelle et le resservir ni vu ni connu dans l’assiette d’un client… Alors on a fini avec un régime de bananes acheté dans un boui-boui… aucun risque ! Puis Bianca est partie.

 

A nouveau seule, j’ai pris une grande respiration, noyée parmi la foule indienne, mon billet de train à la main, à attendre l’arrivée de mon train annoncé avec 1h30 de retard. Niveau de stress à zéro, détendue par ma semaine de yoga, les yeux grands écarquillés, j’essaie de glaner des informations pour attraper le bon train. Et c’est ainsi que je me retrouve dans le mauvais train… Une fois à bord, j’essaie de me frayer un chemin parmi les dizaines d’yeux et de jambes autour de moi. Je croise un contrôleur qui me confirme dans un anglais approximatif avec des hochements de tête typiques des indiens (pour dire oui, ils secouent la tête de gauche à droite avec leur menton et laissent souvent les touristes perplexes d’interpréter la réponse !) que ce train ne s’arrête pas à Varkala… Tout-va-bien ! Je m’assoie, immobile parmi tous ces indiens nonchalants et silencieux, avachis sur les sièges en cuir crasseux. Devant moi, un gamin dort affalé sur le siège, il me fait penser à ce petit orphelin dans le film « Lion » sauf que lui, il voyage avec ses parents. Des vendeurs de thé, café et nourriture traversent les allées avec leurs flots de paroles ennuyeuses. Le contrôleur m’a dit de descendre à la prochaine station mais le trajet est interminable et je n’ai aucune idée d’où je vais. De toute façon, je n’ai pas le choix que d’attendre et voir, donc je reste impassible et plutôt que de m’en faire, je me dis que si je me suis retrouvée là, seule et perdue dans ce train, c’est qu’il doit forcément y avoir une raison. Il fait encore jour et au pire je prendrais un taxi pour faire ces 100 km.

 

Au bout d’un moment, le monsieur endormi en face de moi refait surface et brise la glace pour faire connaissance. Il me demande pourquoi je voyage seule et quand je lui explique que je fais de la photo, il demande à voir un échantillon de mes clichés. Plusieurs personnes s’agglutinent autour de mon appareil photo quand le monsieur sort sa carte professionnelle. Quelques minutes plus tard sur le quai, il me propose de me payer pour publier un article sur mon récit de voyage dans le Kérala avec mes photos. Il est éditeur d’un magazine indien ! Je n’en reviens pas. Il n’y a pas de hasard. La vie nous apporte les choses qui sont bonnes pour nous. Si j’avais pris le bon train, je n’aurais jamais fait cette rencontre qui, qui sait, va peut-être m’apporter de belles opportunités dans ma vie professionnelle.

Et pour la petite histoire, j’ai fini par comprendre que j’allais dans la bonne direction et que j’avais juste à changer de train pour arriver à destination. Tout est bien qui finit bien. Merci la vie !

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Les souvenirs de ma valise

Etant donné que je voyageais trois mois avec mon backpack sur le dos, je n’ai pas pu ramener de souvenirs, hormis un dessus de lit indien façon patchwork que je me suis fait expédier par la poste, une miniature de poudre de santal (super kitsch mais j’adore !) pour se parfumer, deux chaines de chevilles et deux anneaux de doigts de pieds dénichés sur un marché, et un bout de tissu trouvé par terre à Trivandrum et que j’ai accroché dans mon carnet de voyage.

 

Quelques conseils

  • Ne réservez pas à l’avance toutes vos nuits d’hôtels et prenez plutôt le temps de vous faire vous-même une opinion sur les étapes visitées. Vous pourriez regretter de ne pas passer suffisamment de temps dans un lieu qui vous inspire, ou au contraire, de perdre votre temps quelque part où vous ne vous sentez pas à l’aise.
  • Prévoyez des vêtements amples et légers car les températures sont très chaudes et humides dans le Kérala. Privilégiez le lin, plus rapide à sécher que le coton. Pour les femmes, dans la rue, il est conseillé de couvrir ses épaules et genoux pour ne pas attirer les regards malveillants. Dans les temples, on doit impérativement respecter ces deux règles et retirer chaussures et chapeaux.
  • En Inde, les locaux mangent avec la main droite, la main gauche étant considérée comme impure car réservée aux soins intimes. Avec un peu d’entrainement, on peut adopter la coutume indienne et encore mieux savourer les plats !
  • Prévoyez large pour vos déplacements dans la région de l’est du Kérala en montagne car en plus d’une moyenne de 30 km/h, les nombreux virages et imprévus (éléphants sauvages !) ralentissent pas mal les trajets. Louer une voiture avec chauffeur est surement plus judicieux que d’emprunter les bus locaux pas toujours très sécurisants. Et si vous apercevez des éléphants sauvages, ne cherchez surtout pas à les approcher… ils peuvent tuer les hommes.
  • Ne faites pas la sieste sous un cocotier, vous risqueriez de vous prendre une noix de coco sur la tête ! Sans blaguer, ça peut être très dangereux…
  • A Alleppey, préférez une balade en pirogue sans moteur pour profiter au mieux du calme des lieux.
  • Méfiez-vous lors de vos baignades sur la côte Malabar car les vagues peuvent être très puissantes.
  • A Cochin, allez voir la représentation de Kathakali qui opère chaque soir à 18h. A partir de 17h, vous pourrez voir les danseurs se maquiller et ça vaut le détour.
  • Préférez une escale à Varkala (jolie plage en bas d’une falaise) qu’à Kovalam (plage entourée de bâtiments qui dénaturent le paysage).
  • Testez l’incontournable massage ayurvédique, initié ici depuis des millénaires au Kérala.
  • Avant votre retour à l’aéroport de Cochin, faites escale à Cherai Beach et posez-vous au restaurant Chilliout Café proposant transats sur la plage et plats européens ! Un vrai régal pour les papilles et les yeux grâce à sa situation sur la plage et au calme.

 

Mes hôtels

Ernakulam District : Hinterland Village

Cochin : Clean spacious & comfty stay (Sam sur AirBnB)

Marari Beach : Marari Cleetus Residency

Alleppey : Lemon Dew

Varkala : Indigo Homestay

Trivandrum : Prathiba Heritage

Kovalam : Souparnika House

Periyar (Thekkadi) : Dean Dale Cottages

Munnar : Pavithram Homestay + Smm Cottage

Cherai Beach : Joys Villa

 

Le mot de la fin

C’est plus qu’enchantée que j’ai quitté le Kérala. Même triste devrais-je dire de ne pas avoir prévu d’y rester davantage pour continuer de m’imprégner de cette atmosphère qui me transporte tant. Il n’y a rien à faire, je suis vraiment amoureuse de l’Inde. Quelque chose de magique chamboule tout en moi et je fais partie de ceux qui sont atteints par le « syndrome de l’Inde ». J’aime ses couleurs et sa vitalité, son architecture tantôt royale, tantôt désuète, ses visages bronzés et souriants, le vert de sa nature et l’orangé de ses épices, ses odeurs par milliers, sa langue enivrante, ses plats savoureux, ses rues chaotiques, son art de la débrouille et ses surprises à chaque coin de rue… un tourbillon de sensations.

Quand je repense à mon voyage au Kérala, je me revois dans ce jardin d’épices à découvrir avec émerveillement les richesses de la nature indienne, dans cette voiture où mon chauffeur a dû faire demi-tour à cause d’éléphants sauvages sur la route, sur cette plage de Marari où j’ai connu la plénitude, en train d’essayer d’avaler les masalas au petit déjeuner, à ces cours de yoga qui m’ont tant appris sur moi, en train de rentrer seule à l’hôtel le soir, confiante et sereine, en train de déguster du kingfish de la côte Malabar, m’imprégner de tous ces sourires bienveillants dirigés vers moi comme des arcs-en-ciel de bisounours, ou bien encore imiter ce hochement de tête avec le menton qui m’est maintenant plus que familier.

Le Kérala m’a séduite par la beauté de ces paysages verdoyants remplis de palmiers et la gentillesse de ses habitants. Je regrette juste de ne pas avoir pu faire le trajet en train dans les plantations de thé comme je l’avais prévu de Ooty à Coonoor, à cause d’une grève à la frontière avec le Tamil Nadu, qui nous a obligé à faire demi-tour sur la route. De ne pas avoir trouvé un film de Bollywood sous-titré en anglais au cinéma. Et de ne pas avoir pu prendre de cours de danses comme dans les films de Bollywood également. J’ai envie de tester ces chorégraphies amusantes. Tout ça me donne finalement de bonnes raisons de retourner en Inde une 3e fois ! J’ai encore tant à découvrir… Mumbay, Calcutta, Pondichéry, Goa, le Tamil Nadu, la foire aux chameaux de Pushkar, Jaisalmer, le Festival de Holi… On ne ressort jamais indemne d’un voyage en Inde et une fois de plus, j’ai été comme transportée et envoutée.

 

Florilège de clichés

 

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