Minorque la sauvage

« Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. »
Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke

 

Pourquoi Minorque ?

10 ans plus tôt, à l’occasion d’une expérience de fille au pair, j’ai eu l’occasion de passer quelques semaines seule à Majorque, la plus grande ile des Baléares en Espagne. J’en ai gardé un bon souvenir malgré l’aspect un peu trop bétonné de certaines villes balnéaires. Depuis, l’envie me titillait de découvrir les iles d’Ibiza ou Minorque, réputées pour leurs paysages plus sauvages et leurs rues moins peuplées.

Puis est arrivé un moment de ma vie où j’avais envie d’évasion et besoin de me ressourcer, loin, seule, au calme dans un bel endroit. J’ai donc opté pour Minorque qui, d’après mes lectures, promettait d’être tranquille et idyllique grâce à sa cinquantaine de criques aux eaux turquoises… Plus de doute, j’allais forcément y trouver mon bonheur ! C’était en 2015.

DSC00318

Je suis partie 11 nuits. Comme j’étais seule, je craignais de louer une voiture et de m’aventurer dans des coins trop perdus. La fougue de ma jeunesse s’étant un peu estompée, mon choix s’est porté sur un séjour dans les deux plus grandes villes de l’ile – à savoir Mahon la capitale et Ciutadella, située de l’autre côté de l’ile – ponctué d’excursions en bus vers différentes « calas » (criques) que j’ai pris soin de sélectionner en amont parmi les plus paradisiaques. Puis du shopping, du farniente, de la bronzette, de la photo, du dessin, de la lecture… bref me faire plaisir et profiter !

étapes

Mes étapes entre Mahon à l’est et Ciutadella à l’ouest

 

Mes coups de coeur

Incontestablement Mahon pour ses jolies ruelles pavées, son ambiance reposante et intimiste, sa convivialité, sa belle place principale del Príncep, son marché couvert et ses points de vue panoramiques sur le port. J’y suis arrivée de nuit, trainant péniblement ma valise jusqu’à l’hôtel. Les rues étaient désertes mais éclairées et accueillantes. Je m’y suis tout de suite sentie bien, c’est une ville à taille humaine et très chaleureuse. J’ai adoré m’y promener au hasard de ses ruelles. Moi qui ne sais pas vraiment dessiner, l’envie m’a même prise de gribouiller sur mon carnet, assise sur un banc.

 

Ciutadella, la plus grande ville de l’ile et ancienne capitale. Je la cite dans cette rubrique uniquement pour ses innombrables boutiques tendance hippy-bohèmes que j’ai adorées. J’avais lu de bons commentaires sur cette cité mais son immense dédale de rues piétonnes en fait une ville trop touristique. Les infrastructures sont moins jolies et je me suis sentie perdue dans toute cette agitation. Il est certain que je suis venue chercher la solitude pendant ce voyage ; je ne m’imaginais pas me sentir si seule, pourtant entourée de tant de monde. Heureusement que quelques rencontres ont ponctué mon séjour de sourires. Je repense notamment à ce petit papi espagnol qui m’a dit que je devais bronzer ou à cette française qui travaillait dans une boutique de décoration.

 

Cala Macarelleta, notée par beaucoup comme la plus belle crique de l’ile, je ne les contredirais pas ! Je me l’étais réservée pour ma dernière escapade du voyage. C’est LA plage paradisiaque de l’ile. Un panorama a couper le souffle, une végétation dense, des roches impressionnantes, du sable blanc et des eaux cristallines. Pas mal de nudistes s’exposent sous nos yeux mais on s’accoutume très vite en se focalisant plutôt sur l’endroit purement ébahissant. C’est comme sur les posters : harmonieux, apaisant et enivrant. J’ai tellement adoré cette calanque, tout était si parfait qu’une fois en planche sur le dos dans la mer, les doigts de pieds en éventail, j’ai fait un travail mental pour savourer le moment présent, si intense, et sauvegarder dans ma mémoire les sensations que j’éprouvais afin d’y repenser une fois la routine retrouvée en France. C’est dire à quel point j’ai apprécié ! Des 7 calas dont j’ai pu profiter, celle de Macarelleta obtient incontestablement la première place du podium. Admirez plutôt…

DSC00311

DSC00280

DSC00278

DSC00286

DSC00287

DSC00308

Avant de partir, l’envie m’a prise de grimper sur les rochers surplombant la crique. De là, la vue est extraordinaire. Et en continuant le chemin pendant 5 minutes, on aperçoit la Cala Macarella, sa grande sœur, plus fréquentée et moins intime. J’ai juste pris quelques photos de loin.

DSC00299

DSC00294

DSC00303

Il est vrai que comme beaucoup de criques à Minorque, la route ne mène pas directement jusqu’à la plage et il faut bien souvent marcher quelques kilomètres sous le soleil tapant pour l’atteindre. Un petit effort à fournir pour une récompense de taille. Vous passez au préalable par la Cala Turqueta située à 10 minutes du parking, avant d’atteindre, au bout de 40 minutes de marche sur le Cami de Cavalls (chemin de randonnée de l’ile), la Cala Macarelleta. Ces balades ensoleillées sont l’occasion de se plonger au cœur de la nature, avec le bruit de petits insectes, et de faire le vide. J’ai rarement autant sué, mais ce fut un véritable bonheur de randonner seule dans ces lieux sauvages. Vous croisez de temps à autre quelques touristes, vous videz votre gourde et vous n’avez qu’une hâte : apercevoir enfin les eaux turquoises ! Comme je prévois toujours un peu de marge avant le bus du retour, je me suis même offert le luxe de piquer un petit plongeon dans l’eau de la Cala Turqueta, tout aussi délicieuse mais moins jolie. Partout où je pouvais faire trempette, je mouillais le maillot ! J’ai fait le plein souvenirs !

 

Mon meilleur souvenir

Binibèquer s’est avérée encore plus jolie que dans mon imagination. A peine descendue du bus que j’étais déjà amoureuse du lieu ! C’est un petit village de pêcheurs aux belles façades blanches luisantes sous le soleil, avec une architecture atypique, des ruelles étroites et entortillées, des villas de rêve en bord de mer, des plantes grasses et autres cactus disséminés ça-et-là, et bien-sûr une agréable plage. Une belle balade sous un soleil écrasant. Ici la tranquillité règne et on y trouve quelques petits restaurants et boutiques. Je me suis dit que je reviendrais passer une semaine de vacances dans ce petit village de bord de mer qui me fait furieusement penser à Santorin

En bas du village, à quelques encablures, on aperçoit le lieu de la baignade ! Une plage agréable quoique pas mal fréquentée et aucun arbre sous lequel s’abriter. J’ai donc loué une chaise longue et un parasol. Après l’effort le réconfort. Une journée au top !

 

Une anecdote mémorable

Alors que je venais de passer une sale nuit, j’avais prévu de passer la journée à la Cala Mitjana, l’une des plus belles criques de Minorque. Mal réveillée, je prends mon petit-déjeuner et pars en avance de l’hôtel pour m’acheter un sandwich, un jus de fruit et surtout un parasol. Sinon, je savais que je reviendrais en mode homard le soir ! J’achète donc le premier parasol que je trouve, pas donné mais tant pis, le temps presse et je dois prendre le bus. C’était la première belle crique que j’allais voir, j’étais donc surexcitée (je précise le contexte car c’est important !). J’avais bien étudié les arrêts du bus à l’avance, mais après plus de 30 mn de trajet, j’aperçois la crique sur ma gauche, un arrêt avant celui que j’avais prévu. Contente, je me lève et saute en deux-deux du bus sur la route. Là, je demande à deux touristes espagnols comment rejoindre la plage. Au moment où ils me répondent, le bus repart en trombe et malheur, je me frappe le front violemment : j’ai oublié mon parasol dans le bus !!! Ça n’a pas l’air comme ça, mais l’idée de ne pas trouver de parasol pour aller à la plage m’avait hantée toute la nuit car au vu des grosses chaleurs des jours précédents, il m’était impossible de m’exposer en plein cagnard toute une journée ! Le soleil en septembre cogne tellement fort que ça en devient parfois insupportable. J’étais abattue, je me voyais déjà me cacher sous ma serviette, rentrer bredouille et pleurer toutes les larmes de mon corps. Sur les conseils des touristes, j’ai pu me rassurer, le bus devait faire demi-tour et repasser par là. Il n’est jamais revenu… J’ai donc cherché une boutique et à mon grand bonheur, j’y ai trouvé un parasol ! Bon, à peine ressortie de la boutique que j’ai du faire marche arrière car le mécanisme de celui que j’avais choisi était tordu… la poisse ! Bref, que d’épopées pour un malheureux parasol ! Me voilà sauvée, je pouvais enfin découvrir la crique. Et quelle bonne surprise !

DSC00095DSC00103DSC00106DSC00112DSC00115

Après quelques brasses avec mon masque et mon tuba, les petits poissons transparents venaient me chatouiller les pieds. Puis j’ai grimpé les escaliers sur les rochers pour admirer la vue d’en-haut. J’en ai eu les larmes aux yeux…

DSC00122DSC00132DSC00126DSC00156

Jamais de ma vie je n’avais eu l’occasion de voir un tel paysage. C’était tellement beau. Je garde en tête ce dégradé aux trois bleus… On a beau voyager loin, même en Asie les panoramas ne m’avaient pas autant scotchée. Ici, à quelques centaines de kilomètres seulement de la France existent de splendides merveilles. Moi qui avais envie de sensations, croyez-moi, j’ai été servie ! Et j’en avais oublié tous mes malheurs de la matinée !

 

Les souvenirs de ma valise

J’ai ramené un top tout en crochet blanc façon bohème, un petit short de plage en lin couleur moutarde, un sac à dos en jean, un mini portefeuille en jean, des petits colliers fantaisie, de la charcuterie et du fromage typiques de l’ile pour offrir à mes proches.

 

Quelques conseils

  • Si vous êtes seul(e) et/ou si vous ne souhaitez pas louer une voiture, il est possible de partir en excursion à la journée grâce au bon réseau de bus qui dessert quasiment toute l’ile, sauf le nord. C’est mon seul regret, je voulais voir les plages désertes de la côte nord au sable ocre, mais malheureusement sans voiture, il m’était impossible d’y aller ! J’aurais aimé découvrir la Platja de Cavalleria, la Cala Pilar ou bien encore la Cala Pregonda.
  • N’achetez pas de parasol en boutique comme moi… c’est inutile de vous encombrer avec car de toute façon, il ne rentrera pas dans votre valise au retour ! Demandez-en un au comptoir de votre hôtel. Ils n’ont pas le droit de l’afficher mais ils en héritent tellement qu’ils pourraient ouvrir une boutique !
  • Si vous optez comme moi pour la formule « à pied et en bus », prévoyez des chaussures de marche ouvertes, de la crème solaire, un chapeau et des sacs de plage pas trop chargés pour accéder aux plages. Bien souvent, il vous faudra marcher de longues minutes depuis le parking où vous déposera le bus sur des chemins caillouteux, parfois escarpés et surtout en plein soleil. Quand ça cogne dur, ça devient vite une aventure !
  • A Mahon, ne ratez pas le petit restaurant Pipet & Co Café Lab. et ses mets gastronomiques qui vous en mettent plein les papilles ! Petits prix et délices assurés !
  • A Ciutadella, si vous avez besoin d’un petit moment relax bien à vous, rendez-vous aux Bains Arabes Gessami. Avec un peu de chance, en période creuse, vous profiterez des installations en mode privatisé !
  • L’Espagne est rassurante et je l’aime pour ça parce qu’on a beau être une femme errant seule dans les rues, jamais personne ne vous importune. On s’y sent comme chez soi. Parler espagnol est évidemment un plus pour nouer des contacts. L’insécurité ici est absente. Chaque soir après être allée dîner, je me baladais tranquillement avant de rentrer à l’hôtel. Les températures douces et les rires des gens en terrasses n’incitent pas au sommeil. En 12 jours de voyage, personne ne m’a jamais importunée. Au contraire, on me demandait le chemin pensant que j’étais espagnole !

 

Mes hôtels

Mahon : hôtel La Isla
Ciutadella : hôtel Geminis

 

Le mot de la fin

Minorque étonne et séduit. Elle promet de beaux panoramas, de grandes parties de shopping mais aussi de longs moments de farniente. Je ne me suis pas trompée quand je suis venue y chercher le calme et le ressourcement. Elle plaira à tous les amoureux de la nature et de criques intimistes aux eaux translucides. Beaucoup de coins sauvages, une température idéale, tout est à portée de main, il n’y a plus qu’à savourer ! Viva España !

 

Florilège de clichés

 

Publicités

2 réflexions sur “Minorque la sauvage

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s